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Le retour des drones renifleurs qui auscultent la pollution des navires

Article de Suzanne Leenhardt , le 13 Juillet 2021                                            Marsactu 

Drones, capteurs et satellites… Pendant tout le mois de juillet et pour la deuxième fois, des chercheurs vont recueillir par différents moyens les fumées émises par les navires dans le Grand port de Marseille-Fos. Une initiative mise en avant par l’institution, après des crispations autour de la pollution de l’air.

Sur la carte qui s’affiche, une grande ligne rouge se dessine de Gibraltar à Suez. Présentée lors de la conférence de presse de présentation du projet Scipper, elle indique la très forte pollution de l’air en dioxyde de carbone (CO2), et en oxyde d’azote (NOx) que laissent les porte-containers qui traversent le bassin méditerranéen. Alors que la pollution de l’air est une préoccupation grandissante à Marseille et que la part du trafic maritime dans celle-ci est majeure, le Grand port de Marseille a recueilli une ribambelle de remerciements ce lundi 12 juillet, pour avoir ouvert ses portes à ce projet financé par l’Union européenne. À ses côtés pour le présenter, Atmosud, l’association chargée de la mesure de la qualité de l’air.

C’est la deuxième fois que ce programme fait une halte à Marseille. En 2019 déjà, des équipes avait pu effectuer des prélèvements dans les mêmes conditions. Il s’agira de nouveau de mieux détailler la composition des émissions des navires et de déterminer leur impact sur la côte. Pendant un mois, des chercheurs effectueront des mesures des panaches de fumée à Fos et à Marseille pour vérifier la composition des combustibles grâce à des instruments divers et variés.

Plusieurs capteurs terrestres ou “analyseurs” ont été installés le long du port entre les deux sites l’un situé à la Major et l’autre, plus au nord, à hauteur de la Cabucelle. Et pour aller au plus près des rejets des bateaux, des drones équipés de capteurs électrochimiques se positionnent au centre du panache afin de recueillir les composants, avec l’accord des capitaines. Tous les bateaux sont ciblés : paquebots, ferrys, yachts.

TRAQUER LES ÉMISSIONS DE SOUFRE

Directrice de recherches au CNRS et responsable des campagnes de mesures sur Marseille, Barbara D’Anna indique que l’idée n’est pas seulement de mesurer, mais aussi d’analyser l’évolution de ces panaches de fumée. Les chercheurs porteront une attention particulière aux teneurs en soufre. En effet, en vieillissant, le soufre est la principale source de particules fines. Parmi elles, c’est les PM1 qui seraient les plus nocives pour la santé en s’infiltrant jusque dans les alvéoles pulmonaires. “Pendant la combustion il y a une partie peu volatile qui laisse de la suie et il y a des fumées très chaudes qui se refroidissent et qui vont rapidement condenser“, décrypte Barbara D’Anna. À gros trais, ce sont elles qui vont produire des particules fines.

Ces données seront ensuite analysées pour comprendre si ces particules sont produites par le carburant, les additifs des huiles de carburant, le type de motorisation ou le type de combustion. Le professeur Leonidas Ntziachristos, coordinateur du projet Scipper estime qu’on peut “réduire de 50 à 60% des particules en réduisant le taux de soufre dans le carburant“. Ce type de recherches a déjà été réalisée pour la combustion du bois ou pour les émissions des voitures. C’est aussi l’occasion de comparer les mesures de 2021 avec celles déjà effectuées il y a deux ans.

UN MANQUE DE DONNÉES

À Marseille, nombreux sont les riverains qui demandent des comptes sur la pollution du trafic maritime. Il y a quelque mois, Marsactu révélait qu’une étude d’Atmosud estimait que la pollution des paquebots avait explosé pendant le confinement. Cette étude était basée sur des projections et non sur de données réelles, faute d’en avoir des disponibles fournies par le Port. À Marseille, on dénombre six stations pour mesurer la composition de l’air.

Dominique Robin admet qu’un capteur à l’année près du port serait profitable, mais nuance : “La question, c’est pour quel objectif ? Pour évaluer la conformité des navires, c’est intéressant. Mais il faut qu’il y ait des réglementations derrière. Faire des mesures, c’est aussi pour savoir ce à quoi sont exposés les travailleurs. Ça, ce n’est pas du ressort d’Atmosud mais du port.” AtmoSud et le Grand port maritime de Marseille ont relancé leur dialogue depuis quelques semaines afin de mieux faire circuler les données sur les navires et leurs équipements.

Si la précédente étude de l’organisme avait suscité l’agacement de Jean-François Suhas, le président du Club de la croisière, ce dernier affirme son soutien au projet Scipper. Pour lui, il vient répondre au manque de données scientifiques sur le sujet. “En 2019, quand Atmosud est venu nous voir pour le projet, dans le secteur maritime, j’étais le seul a y être favorable. On a besoin de la science pour éviter les polémiques sur le secteur maritime. Marseille est polluée, mais bien moins que d’autres grandes métropoles comme Barcelone. C’est important d’avoir des données pour pouvoir diminuer les émissions.” Pour lui, en revanche, l’installation d’un capteur à quai tout le long de l’année serait trop coûteuse.

Les résultats des prélèvements de Scipper devraient être présentés à la fin de l’année et ne concerneront pas seulement les carburants des navires. Ils sont aussi attendus pour donner de premiers retours sur les outils mis en place ces dernières années pour diminuer la pollution maritime comme les scrubbers ou le branchement à quai. L’occasion de faire l’état des lieux des nouvelles technologies et de la transition écologique du port.

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